« Une véritable école de résilience »
- Oxfam-Québec
- 1 déc. 2025
- 4 min de lecture
Gabrielle Giroux
À l’heure où l’entrevue a été réalisée, en juillet 2025, Gabrielle Giroux rentrait du Honduras, où elle avait achevé un mandat en tant que conseillère en santé sexuelle et droits reproductifs avec Oxfam-Québec.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans une mission de coopération volontaire?
Pour moi, c’était avant tout la mission du poste qui m’inspirait : travailler pour la santé et les droits des femmes ainsi que pour la communauté LGBTQIA+. Ayant déjà vécu dans plusieurs pays, je savais à quel point ce type d’expérience est une école de vie incroyable. Sortir de sa zone de confort, découvrir d’autres réalités, élargir sa vision du monde… Et le faire tout en contribuant concrètement aux efforts d’une communauté locale avait pour moi énormément de sens. C’était aussi l’occasion de mettre à profit mon expertise et mes privilèges pour appuyer et collaborer avec des organisations engagées sur le terrain.
Quelles étaient tes attentes ou appréhensions avant d’arriver sur place ?
Je savais que ce ne serait pas simple, non seulement en raison de la nature sérieuse et exigeante de mon poste, mais aussi parce que j’étais consciente des réalités sociales, économiques et sécuritaires au Honduras. J’avais certaines appréhensions, notamment par rapport à la sécurité au quotidien et à la peur de me sentir isolée dans un contexte nouveau. Je savais que la charge émotionnelle et la responsabilité seraient importantes, surtout en travaillant sur des thématiques sensibles comme les droits sexuels et reproductifs et la lutte contre les violences basées sur le genre. Cela dit, je me sentais prête à relever ces défis.
Quel a été le plus grand défi que tu as rencontré, et comment l’as-tu surmonté ?
Au Honduras, on est parfois limité dans ses déplacements pour des raisons de sécurité, ce qui peut être déstabilisant au début. Personnellement, j’ai trouvé cette contrainte assez isolante, surtout les premières semaines, où tout était nouveau. Heureusement, mon appartement se trouvait dans une plaza, ce qui me permettait de profiter des cafés et des petits commerces à proximité sans avoir à me déplacer trop loin. Petit à petit, j’ai commencé à créer des liens d’amitié, notamment avec des collègues et certaines personnes rencontrées sur place, et j’ai pu organiser des sorties qui m’ont permis de retrouver une vie sociale plus équilibrée.
Avec le recul, je pense que cette période plus solitaire m’a beaucoup apporté. Elle m’a obligée à ralentir, à passer du temps avec moi-même, à réfléchir à mes priorités et à développer une forme d’autonomie émotionnelle. C’est un défi qui m’a permis de grandir et de prendre confiance dans ma capacité à m’adapter, même dans un contexte parfois complexe.
Y a-t-il une rencontre ou un moment qui t’a particulièrement marqué(e) ?
L’un des moments qui m’a le plus marquée a été ma collaboration avec AMBV, une organisation locale qui travaille auprès des femmes rurales. C’était l’un de mes premiers ateliers, et j’étais à la fois motivée et assez nerveuse, car je voulais que la rencontre soit pertinente et respectueuse de leur réalité. Finalement, la session s’est déroulée dans une atmosphère bienveillante et dynamique. J’ai pu établir de très bonnes relations avec les participantes et avec l’équipe d’AMBV, qui ont été particulièrement ouvertes et accueillantes.
À la suite de cette expérience, j’ai conçu seule une série de guides pratiques sur la santé sexuelle et reproductive, que l’organisation a ensuite publiés et utilisés. Leurs retours ont été très positifs, et plusieurs participantes m’ont partagé que ces outils leur étaient utiles et qu’elles se sentaient plus confiantes pour parler de ces sujets. C’est un projet dont je suis particulièrement fière, parce qu’il symbolise exactement ce que je souhaitais accomplir : contribuer de façon concrète et laisser un impact durable. Savoir que j’ai pu créer quelque chose qui continue de servir même après mon départ est une grande satisfaction, sur le plan personnel comme professionnel.
Qu’est-ce que cette expérience a changé en toi ?
Cette expérience m’a transformée, tant sur le plan professionnel que personnel. C’était ma toute première expérience de travail, et je me retrouvais dans un poste avec beaucoup d’autonomie et de responsabilités. J’ai appris à faire confiance à mon jugement, à prendre des décisions seule et à valoriser mon expertise, même lorsque tout n’était pas parfaitement clair ou structuré. Cela m’a aidée à lâcher prise sur le besoin de tout contrôler et à accepter qu’avancer, c’est souvent faire de son mieux avec ce qu’on a, dans un contexte en constante évolution.
Sur le plan plus personnel, cette mission a été une véritable école de résilience. Elle m’a amenée à passer du temps avec moi-même, à apprivoiser les moments de solitude, à ralentir et à écouter ce que je ressentais. J’ai compris que je pouvais être disponible et utile aux autres sans m’oublier. En rentrant, j’ai eu la certitude d’avoir grandi : je me sens aujourd’hui plus confiante, plus adaptable et plus ancrée dans mes valeurs. C’est une expérience qui m’a prouvé que je pouvais faire face à l’inconfort, créer du sens et trouver ma place, même loin de mes repères habituels.
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer dans une mission similaire?
Je lui dirais de ne pas avoir peur et de se lancer ! Bien sûr, c’est important de prendre le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre, et de se préparer mentalement à sortir de sa zone de confort. Mais on est souvent beaucoup plus capable et résilient qu’on ne le pense.
Si quelqu’un hésite, je lui dirais que ça vaut vraiment la peine : c’est une aventure humaine et professionnelle qui peut changer la façon dont on voit le monde… et dont on se voit soi-même.


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